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samedi 4 octobre 2014

A la mémoire d' Henry...


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Cela fait désormais un peu plus de quarante jours qu'Henry Plée nous a quitté, et il est bon, je crois, d'évoquer sa mémoire à nouveau en lui rendant un bref hommage.

On a beau penser que c'est inscrit dans le cours de l'existence, on ne s'y fait jamais réellement lorsque l'on perd un être cher, une personne que l'on aime, que l'on estime, que l'on respecte...
Henry étaient de ceux qui transmettaient avec un accent d'authenticité et de vérité. Passionné & passionnant.
Pour celles & ceux qui n'ont pas eu la chance de croiser son chemin, sachez qu'au delà de sa profonde bienveillance et de son altruisme, ce guide savait pertinemment déceler en vous cette petite flamme de lucidité qu'il ravivait grandement à travers ses conseils prodigués, ses paroles et ses actes.

Henry était et sera toujours un guide, une bougie allumée dans l'éternité, comme quelques autres...
Dans ses écrits perdurent de rares vérités et parfois des secrets si flagrants qu'ils sont constamment ignorés.
Mais si l'eau bouillonne sous votre chaudron de connaissances martiales, si vous mettre en quête ne vous effraie pas, partez à la rencontre des nombreuses références bibliographiques et des "auteurs" qui jalonnent ses chroniques martiales et ses deux ouvrages magistraux sur les Points Vitaux et les Points de Vie.

Le 19 août dernier, une page importante de l'histoire martiale occidentale s'est définitivement tournée. Mais Henry a bien fait les choses, et un nouveau chapitre s'annonce dans "Sa" continuité intemporelle, le livre est loin d'être achevé !

Repose en paix.

Pour vous procurer les ouvrages (et les dvd de séminaires) d'Henry Plée :
BUDO Editions/ Budostore ainsi que dans toutes les bonnes librairies.

jeudi 8 mai 2014

Etre & avoir été...



                                                          Choki MOTOBU


Cela fait quelques temps maintenant que je m'interroge sur l'utilité d'un tel blog...
Par manque de temps, la vraie vie riche et trépidante reprends ses droits et c'est en étant dans le monde réel que l'on peut tacher de s'accomplir, non pas en s'imaginant faire partie d'un monde, du monde que l'on s'invente et que l'on pense connaître et qui n'est qu'illusion.

Bon vous l'aurez compris, ce soir j'avais un peu de temps à perdre (pas pour tout le monde au regard de vos sollicitations !), et envie de me divertir (j'espère que vous apprécierez), de me délier les extrémités des phalanges après les avoir fortement sollicité dans différents types d'activités moins ludiques ;-)

Mes dernières cogitations martiales, notamment avec d'autres passionnés et passionnants spécialistes en méthodes de "combat guerrier véritable", m'amènent à penser que nous touchons actuellement le fond en terme de communication et de transmission martiale. Là où certains s'inventent des légendes et racontent des histoires ou des faits d'armes auxquels ils n'ont jamais participé, d'autres publient des articles vides de sens, stériles et très éloignés de l'essence même de la pureté des arts de combat : le pragmatisme, la pratique martiale (armes naturelles & autres) assidue, la préparation en amont, le sens du discernement (anticipation),  et de l'adaptation (réactivité, timing)...

La planète martiale transite actuellement vers un vide sidéral, heureusement que des Anciens et puristes sont encore et bien présents, œuvrant activement dans l'ombre de leur discipline, sans tapage médiatique sclérosant, ni besoin de reconnaissance égotique.


Prenez quelques instants pour lire (et relire encore & encore) les vingt préceptes martiaux (kyokuns), transmis par notre cher Henry Plée*, dans ses Chroniques Martiales, et observons l'un des adages les plus essentiel :

"Si l'on n'entretient pas le feu sous le chaudron, l'eau (de la passion, de la Tradition) se refroidit".

Autrement dit, les grands maîtres du passé dont le tumultueux Choki Motobu** faisait incontestablement parti, étaient alimentés à la "source" par ce feux de la passion. Accepter ce que l'on est (on pourrait dire naît pour faire !) et s'y consacrer toute la vie durant avec humilité, persévérance, énergie créative, constance de progression est une réalisation qui se mesure à l'échelle de toute une vie. Le maître Motobu était l'un de ces précurseurs-éclaireurs, pourfendeurs de mystifications.

La période est assez jubilatoire... Les gens sont abreuvés d'une quantité d'informations complément caduques et inutilisables, destinées à faire du "buzz", de la sensation, pour la masse de ceux qui ne savent pas trop quelle discipline choisir pour devenir (très) rapidement efficace voire invincible !

La self défense business, les arts martiaux gourou fitness et les chasseurs cueilleurs des bois de la survie semblent se rassembler en petites communautés pour tenter en cette période de récession économique, de convaincre et de faire un peu d'argent sans trop se fatiguer. La survie c'est par exemple une mère ou un père de famille au chômage qui doit continuer de payer ses charges et faire ses courses en alimentant  et élevant ses enfants dignement. Le reste c'est intéressant mais c'est de la documentation, voire du loisir ou du divertissement. Durant les deux grands conflits mondiaux que notre pays a connu, les gens ne faisaient pas de la survie, ils se contentaient de vivre du mieux qu'ils pouvaient en fonction des circonstances du moment et en faisant preuve d'un remarquable courage et sens de l'adaptation. Idem pour la défense personnelle où les situations de combat au corps à corps étaient redoutées, où l'on se s'amusait pas à se faire peur mais à développer son instinct, ses capacités pour endiguer le plus rapidement possible la violence d'autrui, la contourner ou la surmonter. A l'heure actuelle, la violence est intellectualisée, les stages de "blabla-défense" (prévoir de l'aspirine post stage!) pullulent sous toutes les latitudes, d'autres pensent enseigner des méthodes de self et n'enseignent que du "conditionnement", des exercices codifiés stéréotypés, attendus, préparés etc...Certains pensent encore que recevoir passivement des avalanches de coups à l'entraînement, permet de s'endurcir, alors que c'est tout l'opposé qui s'imprime dans l'inconscient. Baser sa pratique sur le fait de s'habituer à encaisser trop de coups est la meilleur façon de les recevoir "plein pot" lors d'un instant de vérité. Puis de s'affaiblir au fil des années de pratique, le corps s'use et la perception s'émousse à force de "ramasser". Le fameux "relâchement" à la mode rabâché à toutes les sauces, est aussi une méthode d'apprentissage au demeurant fort intéressante mais qui devient encore trop souvent une finalité dans certains styles, pour se révéler... Expliquez à une victime le relâchement, elle comprendra tout de suite qu'il s'agit d'un outil inutilisable in situ mais qui peut convenir pour se relaxer et mieux appréhender sa pratique. Pour bien apprivoiser le relâchement ne faudrait-il pas connaître des états de tension ? Varier les rythmes et les techniques, tensions-relâchements, hauteurs et vitesses d’exécution, encore un précepte-kyokun...

En résumé succinct :
Pour vous détendre, ne pratiquez pas les arts de combat, faites du yoga ou de la rando en pleine nature.
Pour vous défouler, pratiquez un art de combat avec une âme et un  bon prof et percez ce qui se cache derrière (l'art pas le prof hein)...
Pour vous défendre, éviter de vous foutre dans la merde et si vous y êtes,  réfléchissez bien avant de tenter de vous en sortir, encore faut-il avoir le temps et le choix.

Mais rassurez vous, si vous cherchez, vous finirez par trouver ! Ne prenez pas ce qui est trop facilement accessible, ce qui est trop décortiqué, explicite, ce qui vous semble terriblement sexy, exotique, convaincant de prime abord...et qui va complément à l'encontre d'une quête martiale dédiée à l'efficacité et (surtout) à votre épanouissement personnel.

 Prendre l'ascendant sur son prochain n'est pas une fin en soi. l'idée serait plutôt de partir à la rencontre de soi même en s'aventurant sur des terres inconnues. Mieux se connaître pour devenir plus efficace en tout et avec les autres. "D'abord se connaître soi-même pour mieux connaître les autres" dixit un autre adage-kyokun de l'art de la main de Chine ;-)

Alors, être ou avoir été, telle est la question...

Bonne pratique à toutes et à tous et surtout, quoiqu'on vous dise, que vous puissiez lire, voir ou entendre, restez bien sur vos gardes ;-)

* Henry Plée, pionnier des arts martiaux en France, véritable homme de connaissance et transmetteur; auteur de trois ouvrages magistraux sur notre thématique favorite.

** Choki Motobu (1870-1944), maître okinawaïen célèbre pour sa vaillance et sa passion innée pour le combat, issue de la famille royale d'Okinawa, il ne cessa de valider par ses propres expériences & recherches l'efficacité sous toutes ses formes, allant à l'encontre des mystifications et détournements de l'art originel, terriblement redouté par tous ses homologues contemporains.


dimanche 19 janvier 2014

Le Big DRAGOTAC, par Bastinelli...

En ce début d'année que je vous souhaite d'ailleurs à toutes et à tous, heureuse et prometteuse, je vous présente mes meilleurs voeux !

Débutons de façon tranchante et piquante par la présentation d'une belle lame qu'il m'a été donnée de tester, d'utiliser et d'expérimenter jusque dans ses derniers retranchements, il s'agit du BIG DRAGOTAC du coutelier émérite, Bastien Coves.

Ce magnifique pliant appartient à la catégorie hors norme des lames tactiques plutôt "massives" (27 cm ouvert ),  bénéficiant des matériaux les plus modernes, et d'une fluidité exemplaire dans son mécanisme.

Produit en Italie par les ateliers Lionsteel, le "Big Drago" est un beau pliant à système liner-lock,  équipé du fameux système Rotoblock breveté, permettant de positionner la lame en position fixe et sécurisée (réglable), pour une transition optimale entre couteau pliant et couteau à lame fixe. Assemblé minutieusement dans ses moindres détails et d'une qualité de finition irréprochable, le "Big Drago" est apte à délivrer son plein potentiel...

La lame en acier D2 à double émouture, d'une longueur de 12cm et d'une épaisseur de 5mm réserve bien des surprises à l'usage ! La spécificité de son tranchant rasoir assuré par Bastien, lui permet de s'affranchir avec aisance des tâches les plus courantes, d'une configuration idéale  en Every Day Carry, ou dans des activités professionnelles, rien ne lui résiste, qu'il s'agisse de cordes épaisses ou de matériaux en caoutchouc ou plastique durs, sectionnés à la volée. Le pouvoir de coupe et de perforation du Big Drago est assez bluffant.

Le choix des matières, dédiées au manche  ergonomique, confère robustesse et fiabilité à l'ensemble.  L'alliance du titane et du G10 est encore une fois une parfaite réussite !

Les plaquettes de manche en G10 sont légèrement striées, favorisant une parfaite préhension, que ce soit avec des gants ou à pleine main, même dans des environnements humides ou pluvieux. Ce couteau résiste bien à la corrosion et ne nécessite que peu d'entretien et de nettoyage, l'assemblage "aéré"  permet même de le rincer  à l'eau claire et de le sécher rapidement si nécessaire (avec un peu d'huile sur les parties mobiles) .

Plusieurs prises en main sont possibles, outre les classiques prise en mains "marteau" et "pic à glace", le manche est conçu pour adopter trois types de positionnements, du plus près au plus éloigné du talon de la lame, en fonction des travaux à réaliser ou des drills à effectuer. Un surprenant guillochage sur le dessus de la lame permet de positionner son pouce pour un maximum de confort et de précision dans ses gestes. La fluidité du déploiement et de l'ouverture peut s'effectuer par simple inertie avec un peu de pratique, soit à l'aide du large "thumb stud" (dispositif d'assistance à l'ouverture via le pouce), prévu à cet effet.

A la manipulation comme à l'ouverture, ce Big Drago est fort agréable, léger et précis, d'un ratio encombrement-puissance comme je les aime, largement digne d'un Cold Steel Espada, d'un Voyager XL ou d'un Hold Out I, avec un sens du détail et une pugnacité plus personnelle et atypique, façon Bastinelli !

Les transitions rapides à l'aide du Rotoblock, nécessitent un peu d'entrainement, de façon a être sûr d'être en capacité de refermer le pliant d'une main lorsque le dispositif de verrouillage est engagé.

Le clip favorise une suspension sécurisée et discrète, que ce soit en position dite "inside", sur la bretelle d'un sac ou à un emplacement dédié, le Big Drago ne bouge pas et attend bien sagement qu'on vienne le chercher... Vous l'aurez compris, ce pliant tactique répond vraiment à un cahier des charges précis et s'affranchit de toute considération aléatoire : il est conçu pour vraiment servir & durer.

Bastien COVES a de nouveau su  créer la surprise et  la différence, en sortant des sentiers battus avec l'élaboration d'un grand couteau pliant répondant à des normes tactiques strictes & précises, offrant un design d'une maîtrise totale... Coup de coeur garanti, place aux photos :







vendredi 22 novembre 2013

L'imposture de la self defense...





*Donn F. Draeger, pionnier d'un autre temps... Qui illustre à merveille la notion de crédibilité et d'efficacité en arts de combats.



De tous temps et dans les Traditions martiales les plus ancrées, l'efficacité était une valeur, une donnée certifiée qui offrait respectabilité et crédibilité à celui qui la cultivait et savait la transmettre à qui de droit.

De nos jours, cette particularité martiale, comme bien d'autres, est travestie, corrompue, devenant ici un gage de performance face à l'éventualité d'une agression, ou bien là une méthode de développement personnel qui s'éloigne de l'essence de l'art.

Les pionniers de toutes origines, les précurseurs n'étaient pas des affairistes ni des complaisants face à leurs élèves, lesquels n'étaient d'ailleurs pas considérés comme "clients" ou assimilés à un panel représentatif de conciliants, d'admirateurs préoccupés par la non maîtrise d'eux même et le souhait si peu tangible de devenir sans trop d'efforts plus "vrais" que nature, affrontant en toute sécurité leurs peurs primales.

Ce vaste fourre-tout spéculateur qu'est devenu le marché de la self défense n'offre à présent qu'incertitudes et spectacle de désolation face à une demande toujours croissante, sincère et honnête...

Devant cet écran de fumée, beaucoup se sentent dubitatifs, hésitants, et s'interrogent à juste titre sur le sens réel de leur quête martiale. Une foule d'incertitudes se bouscule devant le portillon d'une self défense sclérosée, dévoyée... Les élèves ne restent pas dans ces cours, consomment un peu et repartent avec encore davantage de confusion, ou bien font semblant, boivent à grande ampleur des discours rassurants et pratiquent des techniques inadaptées (pour eux et pour les instants de vérité), avant de se retrouver la gorge nouée devant des situations inextricables avec si peu d'outils utiles pour y faire face.

Derrière ce même écran de fumée, quelque-uns poursuivent leur ascension et continuent de s'enrichir sans remords, prenant leurs élèves pour des moutons ou des vaches à lait en prônant un discours stérile et ennuyeux, tout en exploitant une expérience dont ils n'auront jamais la maîtrise, copiant de ci de là ce qu'ils ont trouvé de séduisant ailleurs sans savoir forcément le faire réellement fonctionner. Comme à l'image d'un moteur sur puissant que l'on est incapable d'alimenter suffisamment en énergie...

Alors à toi, qui refuse l'inacceptable, à toi, qui cherche à t'épanouir sereinement dans une discipline ou une pratique dédiée à la sécurité personnelle, réfléchis un peu, prends le temps de faire le point et recense tes besoins en matière de pratique... Que recherches-tu vraiment ? Un label, un nom, une école, une complaisance, de la reconnaissance ?

Est-ce que dire que l'on pratique tel ou tel style avec tel ou tel professeur est un gage d'efficacité, plutôt que de pratiquer une discipline peu représentée avec un professeur qui ne recherche pas à s'afficher sur la place publique, n'en éprouvant ni l'intérêt, ni le besoin ..?

L'heure du réveil à sonné !

Lors de rixes ou "embrouilles" on assiste parfois à des florilèges d'annonces du genre "attention moi je pratique ceci avec untel et tu vas voir ce que je vais te mettre, etc...". Il faut savoir que l'efficacité n'a pas de nom, que l'efficacité n'est pas un "show", ni une étiquette qu'on se pastille sur le front pour se faire mousser. En self défense il est primordial de rester humble, de ne pas prôner  une quelconque supériorité, d'autant plus que les qualités à développer ne s'apprennent pas forcément mais se révèlent plutôt, se peaufinent, s'accentuent par un seul vecteur, l'être...et non le paraître ou l'amalgame douteux.
Et ce genre de vérité peu lucrative, seul un enseignant sincère & passionné saura la partager à ses élèves.

Henry Plée, dont je recommande la lecture de façon quasi systématique, évoque les maîtres de l'ombre dans ses fameuses chroniques et ses ouvrages références. Ces "personnes, (un peu comme Terence Hill dans le western spaghetti "My name is nobody", comprendra qui pourra ;-), ne sont pas aussi "cachées" ou "secrètes" mais plutôt discrètes et "effacées", peu enclines à se répandre inutilement par médias interposés, et n'ayant pas la prétention ni la nécessité de devoir convaincre. Il peut s'agir d'un prof situé près de chez vous, qui enseigne une discipline traditionnelle, du MMA ou de la boxe, il peut s'agir d'un maître d'arme ou d'un combattant aguerri, mais dans tous les cas il s'agira d'un révélateur de conscience, d'un découvreur de voie, très loin de notions écoeurantes d'obscurantisme, de méditations hasardeuses et de considérations liées à une sorte de numismatique (argent & médailles).


Ce petit billet fait écho à de multiples échanges en privé avec des pratiquants de diverses cultures et horizons, professionnels ou amateurs, enseignants ou élèves, accès sur la défense personnelle ou l'art martial en général, adeptes de combat et d'efficacité, souvent en recherche constante et refusant toute forme de compromis dans leur engagement martial.

Désormais, en fonction de mes activités je tenterai de revenir un peu plus souvent vous présenter quelques nouveautés, annonces & articles percutants ;-)


Merci à toutes & à tous pour votre fidélité et vos nombreuses sollicitations !



lundi 5 août 2013

Pédagogie & protection personnelle, par Eric HENRION...



Eric Henrion compte parmi ces pratiquants authentiques que je côtoie depuis bon nombre d'années.
Formateur de formateurs au sein de la Police Nationale, il exerce ses activités pédagogiques avec en clef de voûte un sens du perfectionnisme constant.
Eric est aussi et surtout un fervent passionné d'arts martiaux et de self défense. Enseignant de karaté et de protection personnelle, titulaire d'un brevet d'état, il s'exerce et pratique intensivement avec ses pairs pour affiner sa propre perception de la protection personnelle.
Actuellement, je ne connais personne qui soit à la fois adepte chevronné, enseignant émérite et aussi fin pédagogue. Et dans ce microcosme de la self défense, Eric est l'un des rares à posséder avec humilité, crédibilité et recul suffisant, le potentiel pour dispenser un message à la fois efficace et emprunt d'un vécu réel.

Il publie sa "Proposition d'une méthode de formation à la self défense et à la protection personnelle", en dehors de tout clivage et avec une profondeur d'esprit qui lui fait honneur... Bonne lecture !



1) Eric, que dirais-tu de commencer par quelques mots de présentation afin d'éclairer nos lecteurs sur ton cheminement ?

Pas si évident de répondre à cette simple question…
Du côté professionnel, j’indique à la fin du livre que je suis policier depuis plus de quinze ans. Je suis passé par des services très diversifiés… voire spécifiques. Le fait que je n’en dise pas plus n’indique en aucun cas que j’ai fait partie d’un « groupe d’élite » ; en fait je cherche d’une part à éviter toute légitimation du fait d’un simple CV mais aussi, en tant que policiers, nous avons des obligations de prudence quant à ce qu’on dévoile sur le net. Et me plier à cette obligation ne me paraît pas dénuée de sens, bien au contraire !! Je dirais juste que, grâce à ma profession mais aussi à ma pratique personnelle, je dispose des outils me permettant d’élaborer ce que je propose. 
Côté sportif, je suis titulaire du brevet d’état de karaté 1° depuis 2001. J’ai commencé le sport tard : à 18 ans. Comme je voulais être policier, mon plus vieil ami Johann, m’a dit : « tu veux faire du karaté, tu veux être policier, faut courir ». Non seulement il m’a entrainé pour le Cooper (puisqu’à l’époque on avait le Cooper à passer) mais m’a aussi présenté le club de karaté de son enfance, celui de Gilbert Gruss. Du fait de déménagements et de changements professionnels, j’ai pu ensuite profiter des cours de Raymond Dumont, André Jacquin, Albert Boutboul et Pascal Heumbert, et en dernier avec Pascal Plée. J’ai fait, comme beaucoup, des stages avec d’autres professeurs : Thierry Masci, Gérard Chemama, Daniel Baur, Jean-Louis Morel, Marc Zerhat, Pierre Portocarrero, Hiroo Mochizuki, Taiji Kase et même le décrié Stéfano Surace. Puis j’ai élargi mon champ de pratique avec Fred Perrin et Philippe Perroti, et aussi avec des personnalités comme les kuarenoken ou Lee Morrison. 
Parallèlement je pratique aussi la musculation et la course nature avec un soupçon de natation. On a beau faire, la condition physique reste primordiale dans notre « matière ». 
Je me suis essayé à quelques compétitions de karaté, mais je n’avais ni l’envie ni le talent pour « performer ». Les quelques combats que j’ai pu remporter l’ont été pour de mauvaises raisons : des comptes à régler, et je n’étais donc pas loin de me faire disqualifier.
Et j’ai forcément été influencé par les écrits d’Henry Plée, même si des lectures postérieures m’ont permis d’en relativiser certains ; en tous cas il m’a ouvert des perspectives nouvelles, et c’est ce que j’en retiens…


2) Selon toi, quel est le sens d'une pratique martiale consacrée à la self défense ?

A mon sens cette question renvoie immédiatement à une nécessaire contextualisation. 
Je conçois la self-défense comme l’ensemble des moyens dont un individu dispose pour faire face à une situation « problématique ». Il y a donc « moi » et le « contexte ». 
Or dans une pratique martiale telle que celle du karaté (je ne vais pas entrer dans les débats « budo », sports de combat… le karaté comme bon nombre d’autres pratiques est appelé un art martial) on est déconnecté de ce contexte par le simple fait, par exemple, d’être en karatégi et pieds nus sur une surface bien plane. Il y a donc lieu de s’interroger : pourquoi le karatégi ? pourquoi pieds nus ? Sans entrer dans l’histoire, on est ainsi, maintenant à notre époque, parce qu’il y a lieu de respecter une étiquette. 
Donc le sens d’une pratique martiale consacrée à la self-défense, c’est avant tout les questions qu’on se pose : pourquoi fait-on les choses ainsi ? Puis : ont-elles du sens par rapport à ce qu’on attend ? Ce que j’apprends est-il assimilable, transposable, dans un contexte actuel éventuellement dégradé du fait d’une situation et/ou d’un individu ? C’est là le troisième angle : il y a « moi », « le contexte », et « l’autre ». 
La pratique martiale consacrée à la self-défense doit couvrir ces trois angles, et explorer tous les autres champs qu’ils ouvrent : la préparation, les facteurs d’influence, les émotions, les postures, les suites policières… 
Par ailleurs, le sens de cette pratique doit être latent en quasi permanence. 
De manière très abstraite on pourrait résumer ça ainsi : qu’est ce que je mets en place dans la vie de tous les jours qui me permet d’être bien et prêt ou au contraire qui m’attire des ennuis ?

3) Ton ouvrage se décline sous un grand format, très pratique & agréable à parcourir. Plusieurs concepts et modules pédagogiques sont pour la première fois abordés en matière de protection personnelle. Peux tu nous en dire davantage sur l'état actuel de tes recherches et sur ce qui t'a amené à rédiger cette véritable méthodologie de formation ?

Il y a eu plusieurs étapes.
Pour commencer, si j’ai été vraiment surpris et intéressé par le tronc commun d’éducateur sportif que j’avais passé en candidat libre avec le CNED, j’ai été en revanche extrêmement déçu par la pédagogie de mise lors du spécifique Karaté. Beaucoup d’effets d’annonce, beaucoup de pub, mais rien de tangible et puis des préconisations bien loin des réalités. Par exemple : on nous demandait d’établir des fiches de cours pour des niveaux et des âges bien précis parce que… c’était ce qui était demandé… à l’examen. Or dans la plupart des clubs que j’ai fréquentés, il n’était pas rare d’avoir des cours rassemblant des pratiquants de la ceinture blanche à la ceinture noire, et de l’ado au retraité. C’était d’ailleurs quelques chose qui me plaisait : il fallait individualiser les cours. Autant dire que je n’ai jamais fait une fiche de cours telle que préconisée pendant ce spécifique. Quoiqu’il en soit et même s’il n’était plus là lorsque j’ai passé ce diplôme, c’est avec le livre de Gérard Chemama et Henri Herbin « enseigner le karaté do », que j’ai entendu parler d’objectif. Mais même à cette époque, je crois que je n’avais pas la mécanique intellectuelle pour comprendre la portée de ces conseils, d’autant qu’en tant que pratiquant on a tendance à s’enfermer dans le « programme fédéral ».
Ensuite, quelques années et quelques bouquins plus tard (dont PROTEGOR, d’ailleurs le terme « quoddam » est un clin d’œil indirect à PROTEGOR puisque c’est un terme latin), je suis tombé sur R.E.P.E.R.E.S, petit ouvrage collectif auquel tu as participé et compilé par Patrick Vincent. Et je me souviens d’un post, mais je ne sais plus sur quel forum qui indiquait qu’un enseignant avait affiché R.E.P.E.R.E.S dans son club : quelques personnes l’avaient lu, mais il constatait l’échec de sa démarche. Je me suis donc interrogé : les conseils indiqués étaient particulièrement pertinents et pourtant ça ne marche pas, pourquoi ? 
Ensuite, R.E.P.E.R.E.S a été réécrit et complété à plusieurs mains, sous l’impulsion de Patrick, mais ça restait quelque chose à lire et pas à vivre… Et puis il y avait tous ces contenus livrés par divers membres que ce soit sur Kwoon ou sur David Manise, toujours aussi pertinents voire essentiels, mais pas toujours organisés…
Il y a environ trois ans, je bénéficie d’une nouvelle mutation et j’apprends un nouveau métier (en fait j’en suis à quatre métiers pour une même profession, ce qui est plutôt sympa) dont l’un des aspects est la conception d’action de formation. Je m’entraine donc sur R.E.P.E.R.E.S 2 et j’en fait un séquencier avec des objectifs pédagogiques ; mais je travaille à l’envers, je suis parti d’un petit livre et non des besoins. Mais comment faire exprimer ces besoins ? 
J’en suis encore à ces réflexions lorsqu’un membre du forum David Manise me demande de faire une petite intervention de 3 heures dans son club. Je me prends au jeu et je prépare une vraie séance (le premier exemple dans le livre), et j’arrive avec mon paper-board, et le bouclier qu’on voit sur la photo. Dans l’ensemble, j’ai été plutôt satisfait de la séance, mais pour être honnête j’aurais du demander un retour des participants, ça aurait été plus « transparent ». 
Je me remets ensuite à cogiter, et grâce à mes collègues (notamment Céline et Jean-Marie), je comprends mieux certaines choses : l’utilité d’un référentiel de compétences, une progression pédagogique, des objectifs univoques, et des « méthodes » pour faire vivre des situations pour que la charge émotionnelle puisse aider à la mémorisation. J’ai donc repris toute la doc que j’avais accumulée et c’est là que j’ai pu éclaircir l’expression des besoins, et la nature de la demande. En fait tout était là mais de manière nébuleuse : « j’ai besoin d’avoir de l’assurance, quelques techniques, pourquoi ai-je été victime, qu’est ce qui va m’arriver si je me défends… » 
J’ai donc repris R.E.P.E.R.E.S 2 et pour le deuxième exemple du livre, je me suis concentré sur ce qui pouvait être considéré comme fondamental (même si ce constat là est arbitraire). 
Je me suis aussi interrogé sur un équilibre contenus théoriques/engagement physique (sauf sur la dernière fiche) d’autant que j’ai pu constater notamment sur mes premières années de pratique que je sortais parfois de l’entrainement avec l’envie d’essayer ce que j’avais vu en cours… Pas très sain comme état d’esprit, mais n’étant en rien exceptionnel, je pense ne pas avoir été le seul dans ce cas. 
Je ne sais pas si j’y suis arrivé, mais l’un des buts de ce livre était que les enseignants/formateurs permettent aux participants de gagner en assurance et en possibilité de défense sans avoir envie d’essayer. 
En revanche, je n’ai pas encore résolu le problème suivant : comment fait-on pour évaluer ces séances de self-défense et de protection personnelle ? Puisqu’à priori, toute action de formation est inutile jusqu’à preuve du contraire… Et bien entendu je ne souhaite pas retomber dans la facilité d’un passage de grade…

4) A l'heure actuelle, dans l'univers de la self défense, beaucoup d'enseignants manquent de recul, de pondération et de crédibilité face aux risques multiples d'une phase agression mal gérée. Alors que penser de la self-défense, globalement, comment un(e) débutant(e) sincère peut s'engager dans cette forme de pratique en s'égarant le moins possible ?

Un prof, enseignement, instructeur, formateur (peu importe l’appellation) est important mais l’acteur principal reste le formé. C’est sa motivation à lui qui fera toute la différence. Et à ce titre, pour ce qui concerne la self-défense, je ne suis pas sûr que les participants aient besoin de cours réguliers ; en revanche, ils devront trouver la motivation de s’entrainer par eux-même. Le code couleur de la vigilance peut se mettre en œuvre à tout moment, pour la condition physique une paire de running suffit ; le formateur, lui, sera plutôt là pour « calibrer » des situations et débriefer sur ce que les participants vivent. 
Je suis partagé parce qu’on appelle la crédibilité. J’ai connu des vices champions du monde et des champions du monde, pas foutu d’être crédible côté pédagogie… en fait ils n’étaient tout simplement pas crédibles en tant qu’être humain… Par contre ils auraient été parfaits pour former des psychopathes !! Donc le super-guerrier, je m’en méfie autant que Candy… Quand je me rappelle certaines paroles de Fred Perrin lors des entrainements : « ne tuez pas votre partenaire… vous pourriez le reproduire en situation », je me dis que là on est avec quelqu’un qui sait de quoi il parle, et qu’il ne veut pas former des tueurs mais des gens aptes à se défendre sans commettre l’irréparable. 
A côté de tout ça, il y a toujours une phrase ou plutôt une expression qui me fait bondir : « j’assume »… Pour avoir vu des gars solides pris dans la tourmente de la garde à vue puis du système judiciaire, on peut dire que sur le moment, ils n’assument pas grand chose. Et c’est normal… A ce stade on n’a pas vraiment les cartes en main, et ça c’est bien d’y penser aussi avant qu’il nous arrive des bricoles. Bien entendu ce constat ne vaut pas pour les délinquants multirécidivistes, mais notre propos est bien de former des « honnêtes gens ». 
C’est d’ailleurs parallèlement à ce constat que j’ai repris des éléments des livres de Christophe Jacquemart : quelles sont les situations pour lesquelles on s’engagerait dans un combat ? quelles peuvent être les conséquences : physiques, émotionnelles, professionnelles, financières… ? 

5) D'une qualité didactique irréprochable, ton bouquin trouve naturellement sa place en salle ou sur le terrain, et sur n'importe quelle autre surface de pratique réaliste. Cette orientation à la fois pédagogique & pratique permet de visualiser et d'illustrer instantanément le séquentiel d'un cours afin de délivrer un message cohérent en osmose avec la réalité. En tant que précurseur dans cette "niche martiale", d'où provient cette façon de faire ?

Clairement de mon travail. Je n’ai rien inventé. La plupart des programmes de l’institution policière sont construits selon la méthode pédagogique de l’approche par les compétences (courant socio-constructiviste). Il semblerait que cette méthode ait vu le jour à Issoire, puis a été adoptée et perfectionnée par les Québecois (développement des compétences à l’école de police de Québec avec Madeleine Lupien), avant de revenir en France.
Je ne suis pas sûr que tous les objectifs puissent être passés ainsi compte tenu des spécificités et des contraintes des structures de formation ; par contre, en l’ayant vu jouer dans les règles de l’art, on ne peut nier que ça fonctionne. Ne faire que du théorique : c’est limité, un exposé n’est pas pratiquer ; ne faire que du technique : c’est limité, ce n’est pas ça qui nous apprendra à revoir notre comportement. 
Pour ce qui est de notre matière, on cherche à faire vivre une situation (un cas joué, ou une étude de cas), on observe, on laisse débattre, on demande ce qu’ils ressentent, ce que ça provoque, on propose des solutions avec des conséquences, et on continue selon une progression bien déterminée en revenant assez régulièrement sur le référentiel de compétences (le mode d’emploi pour faire les choses de manière idéale) ; bien entendu il faut aussi faire acquérir des gestes techniques (les plus simples à mettre en œuvre), et on tente de les mettre en corrélation avec les principes de la séance. 
En fait, on peut peut-être résumer ce qui se passe dans la tête ainsi : avant de débuter une pratique, on est démunis mais on ne le sait pas (on est libre d’aller où on veut comme on veut…) ; en débutant on commence à prendre conscience qu’on est démunis (et cette phase, normalement temporaire, peut laisser croire qu’on devient paranoïaque, obsessionnel…) ; pendant la pratique, comprendre sur la globalité de celle-ci, on est conscient qu’on a des outils pour répondre aux situations ; et au final, on a les outils sans forcer sa conscience, on devient autonome. On tend vers l’équilibre entre automatisme et adaptation. Et ça pose cette question : si la pratique devrait durer toute la vie, qu’en est-il de l’inscription au club ? Les clubs « fédérés » souhaitent-ils faire atteindre l’autonomie à leurs élèves ?

6) Eric, concernant ta propre pratique, peux tu nous éclairer encore un peu ? Egalement, j'aimerais aussi que tu nous dises ce que tu fais dans ton garage
 ;-)

Pour ce qui est de ma pratique actuelle, elle est composée de pas mal de footing (et y’a rien de plat ici !!), et de musculation plutôt basique : développé couché, tractions, mouvements de base de Kettlebells, et de la frappe sur makiwara ou sur B.O.B soit en frappe lourde soit en « touché ». Ex : pique aux yeux de la main gauche et coup au tibia du pied droit simultanément en frappe légère puis enchainement « lourd » avec coude et genou. 
De temps en temps des petits retours au nunchaku et au couteau. 
Même si en self-défense on préconise de ne pas lever la jambe plus haut que la ceinture, je continue de travailler les coups de pieds parce que j’ai toujours une petite facilité et j’ai remarqué aussi que dans les écoles où on ne les travaillait pas, les élèves n’étaient pas habitués à les bloquer ou les éviter, du coup un circulaire haut par exemple redevenait efficient.
Quant au garage , c’est mon «lieu spirituel », c’est là que je m’entraine et que je prépare les séances et autres projets. 
En fait il y a normalement assez de surface pour accueillir 6 ou 7 personnes et j’ai tenté de monter une structure personnelle. Mais la responsabilité civile professionnelle était trop chère par rapport à ce que je voulais demander aux participants. Ensuite, j’ai eu des informations contradictoires entre l’URSAFF et les services préfectoraux pour ce qui concernait les associations et le statut d’auto entrepreneur, et plus je me renseignais, plus c’était opaque, j’ai donc laissé tomber.

7) Le mot de la fin...
Cette première pierre à l'édifice n'est qu'un début ?

Effectivement, j’ai déjà des idées pour d’autres modules, j’attends un peu de voir comment cet opus sera accueilli. J’ai failli le sortir sous un pseudo, mais quelque part, s’il faut recevoir des critiques, c’est peut-être moins « hypocrites » de les prendre sous son propre nom…
D’ailleurs, une boite mail est dédiée aux remarques et critiques : 
 promet.fordef.pro@gmail.com
Et comme c’est le mot de la fin, même si c’est « bateau », je remercie quelques partenaires : les anciens Juju de la Montagne, Jérôme, Simon et Philippe de la même Montagne, Thierry, mon partenaire de la salle du 12ème arrondissement… C’est toujours embêtant parce qu’on en oublie forcément… Bien sûr, Fred, tu es dans la liste… Ton PROTEGOR en a inspiré plus d’un… Et il y a aussi tous ceux avec qui j’ai pu échanger sur le sujet et qu’on trouve sur le forum de David Manise et/ou sur Kwoon. On pense souvent qu’on ne doit rien à personne, qu’on fait un travail tout seul dans un coin, mais ce n’est pas vrai… C’est souvent, au bout du compte le travail d’une équipe, même si elle est informelle voire impalpable…



L'ouvrage d'Eric est disponible chez Lulu. 

samedi 29 juin 2013

Le souffle, sous le sceau du secret...





Lecture recommandée...

Avec ce nouvel opus qui s'inscrit dans la droite lignée de ses précédents ouvrages, Michel Chiambretto, invite le lecteur à parcourir ces chemins de traverses initiatiques qui jalonnent et ponctuent la voie de tout cherchant en quête d'authenticité et de sincérité dans sa pratique, notamment martiale.

A la croisée de ces chemins, entre spiritualité et ésotérisme, l'auteur nous dévoile dans ce nouvel ouvrage, les résultats de ses pérégrinations et impressions, autour du souffle si "emblématique" qui guide & relie de nombreuses Traditions dans le monde. Ce souffle est un outil de transcendance, de franchissement, un signe de "reco-naissance", une main tendue vers l'Art et le Grand Oeuvre que l'on réalise sur soi & pour les autres, dans une quête perpétuelle d'aboutissement et de travail.

Lire du Michel Chiambretto, c'est un peu lire sur soi-même et apprendre à connaître ce que les vestiges des Traditions passées & actuelles peuvent véhiculer comme messages initiatiques pragmatiques, assimilables.

Extrait du  quatrième de couverture de l'ouvrage, aux éditions le Mercure Dauphinois :
"Ce livre est destiné aux hommes en quête de spiritualité, Cherchants et Cheminants, oeuvrant vers une union avec l'indicible."

Déjà, avec ses précédents ouvrages (que je vous recommande également), l'auteur nous faisait toucher du bout du doigt cette implication de chaque instant dans une recherche en constante évolution, basée sur l'Art du combat dans tout son ensemble.

Fin spécialiste des arts martiaux chinois internes, enseignant et détenteur d'une réelle Tradition taoïste, Michel Chiambretto ne ménage pas ses efforts pour porter à la connaissance du plus grand nombre le résultat de ses recherches cumulées, actuelles & passées.


Pour commander l'ouvrage

dimanche 9 juin 2013

Le "push dagger", des origines à nos jours...

Rarement une lame a atteint une telle popularité parmi les amateurs de couteaux, d'arts de combat avec armes ou de techniques défensives.
Le push dagger, de par sa forme primitive et l'usage qu'on lui réserve séduit ou rebute mais laisse rarement indifférent, mais plongeons nous dans l'univers d'une lame pas si banale qu'il n'en parait de prime abord...

Depuis la nuit des temps, l'Homme s'est essayé à prolonger sa main d'une arme piquante, contondante, tranchante afin d'accroître son allonge, de parfaire sa vélocité, de propulser ou d'acquérir une énergie "brute" et efficace au combat, que ce soit contre ses prédateurs naturels ou pour la défense de son territoire & la préservation de son espèce.

La forme si atypique du push dagger appartient à cette catégorie de lames qu'il convient de décrire avec circonspection, jouissant d'une réputation souvent dévoyée, emprunte de mysticisme et réservée à des usages peu nobles... Peut être en est-il tout autrement !

La distance qui sépare l'Homme de sa lame est comparable à celle qui relie son coeur à sa main, et au milieu des lames emblématiques voire votives, la particularité du push dagger est à l'Homme ce que la griffe est au fauve.

Derrière cet attribut se cache une lame pratique & terriblement fonctionnelle, conçue pour combattre, et dédiée à la défense personnelle.
Chargé d'histoire, traversant les temps, parcourant les continents, le push dagger est une lame à l'aspect unique dont la pure vocation n'est autre que de prolonger le bras de l'Homme, à la façon d'un outil, d'une possibilité de vaincre et de repousser, de faire face à l'adversité.

La première forme de push dagger est le Katar indien qui est une sorte de dague triangulaire à double tranchant, plus ou moins courte, et dont deux bras parallèles prolongent la lame sur l'arrière, offrant ainsi une protection de l'avant bras, de chaque côté du radius. Le Katar est tenu par une ou plusieurs barres transversales situées à l'intérieur de ces "bras protecteurs" latéraux prolongés.
La particularité du Katar est d'être une arme blanche complètement stable, d'une prise en main édifiante, coupante et perforante, s'inscrivant dans la pure ligne corporelle de l'avant bras, rendant naturel et intuitif l'usage que l'on peut en faire. Les pratiquants de Kalaripayat (art martial ancestral de l'Inde) pratiquent toujours cette forme de combat rapproché, le Katar appartenant à un arsenal d'armes très étoffées, propres à cette culture très riche.

Par son côté votif et sacralisé, les lames de Katar pouvaient être magnifiquement ornées de dorures à l'or fin, damasquinées avec des pierreries, fournies en gravures raffinées, et même parfois assemblées avec des pistolets à silex, destinées à accroître l'efficacité au combat. Ces Katar sont principalement recensés au XVIIIè siècle, dans l'Inde du Nord et à la période Mongole.
Les poings ainsi renforcés par les guerriers de l'époque permettaient de traverser une côte de maille sans difficulté.



Le push dagger n'est donc "moderne" qu'à la lumière des récents modèles qui parsèment le marché de la coutellerie mondiale.

D'un point de vu technique cette lame est fort intéressante...Inscrite dans le prolongement de l'avant bras, elle nécessite une certaine pratique pour devenir fonctionnelle et réservée à des entraînements pratiques. Et s'il s'agit bien d'une lame à ne pas placer entre n'importe quelles mains, son usage réserve de belles surprises, lors de séquences (drills) et pratiques : que ce soit en piques ou en coupe, voire en frappes ou en percussions uniquement avec le revers de la lame ou la poignée du push... Quelques applications intéressantes sont à exploiter, mais nécessitent davantage d'entraînement qu'une lame dite "classique". S'improviser à utiliser un push dagger sans les conseils d'un professeur avisés peut réserver de sérieuses blessures et de fâcheuses désillusions, rappelons à ce titre qu'il s'agit d'une arme (même antique) classée  en 6ème catégorie, dont le port et le transport sont strictement prohibés...

L'époque de la conquête de l'Ouest américain et de la ruée vers l'or contribua aussi fortement à populariser cette forme de lame désormais appelée push dagger, que les joueurs de poker & parieurs en tous genres pouvaient utiliser sous une table de jeu pour faire valoir leurs intérêts ou régler des comptes pas toujours clairs. Le push dagger de ces pionniers était destiné au combat rapproché, de "bar Saloon". Fixé sur le haut des bottes, la prise en main pouvait facilement et discrètement s'exécuter en position assise, ou à cheval.
Les plaquettes de manche en ivoire des pushs daggers de cette époque révolue sont encore très prisées par les collectionneurs.
Aujourd'hui, la société Cold Steel occupe le haut du terrain grace à sa gamme de push daggers "Safe Keeper" & "Safe maker", industriels et popularisés notamment dans plusieurs grandes productions hollywoodiennes à grands budgets.



En France, de nos jours, quelques rares couteliers se sont lancés à l'essai, et l'un des précurseurs en ce domaine fut Fred Perrin, convaincu par l'aspect pragmatique et versatile de cette lame atypique.


Sa compagne, Elsa Fantino, produit également quelques superbes modèles très inspirés, orientés "artistiques", avec une dimension féminine et néanmoins pratique, utilitaire.




Bastien Coves, de chez Bastinelli Créations  réalise aussi de superbes pièces uniques au travers d'une gamme de pushs très épurée & élaborée, aux lignes sobres et soignées, avec des possibilités de customisation diverses & variées, dont plusieurs choix possibles concernant la texture et les matériaux des manches. Les modèles de Bastien sont quasi-inoxydables et bénéficient d'une excellente ergonomie !


Voici les ami(e)s, un petit voyage dans l'univers du push dagger, une lame pas plus dangereuse qu'une autre mais qui mérite d'être (re)connue ;-)